samedi 6 juillet 2013

Oyster : Le Ballet sort de sa coquille


Ten fingers, ten toes,
he had plumbing and sight.
He could hear, he could feel,
but normal?
Not quite. [1]





La Revue dansée que proposent Inbal Pinto et Avshalom Pollak est une Parade de corps parfaits qui jouent des corps défaits, difformes, vieillis ; des monstres de foire, des corps bicéphales, des corps sans bras, des jambes sans torse, des corps en laisse. Des genoux en dedans, des dos voûtés. D'improbables équilibres. Des marionnettes entravées dans leurs fils, une poupée accrochée aux cintres pour un pas de deux aussi chimérique que la valse d'Olympia et d'Hoffmann.








Ce sont des fracs froissés, hirsutes. De vieilles dentelles fagotées. Des guirlandes d'ampoules désuètes, d'une fête de village un peu triste. Des nuages baroques. Des visages de clowns qui ne sourient pas. Une mystérieuse ballerine bâillonnée par son col roulé et collée à son tabouret. Des ombres fantomatiques. Des chapeaux melons, un petit parapluie, de la neige, une poésie mélancolique.



Comique et grotesque en masques de la réalité, violente. Ce tango étrange, drôle, à temps suspendu en coulisses, laisse le pauvre tanguero désemparé dans sa solitude malgré les apparences qu'il voudrait sauver. Et le drame de Pagliacci se noue en trois minutes dans un théâtre de poche : le clown trompé, le double meurtre, rideau. La Commedia è finita!



Le ballet excelle dans les mouvements d'automates, l'abandon des marionnettes, la précision extrême des rendez-vous aériens. Les ensembles sont parfaits, les acrobaties virtuoses, le jeu d'acteurs juste et émouvant.
Cette Huître atypique est une perle d'humour triste, de gravité absurde, qui laisse le public charmé et le Directeur de la danse manifestement heureux.

[1] Tim Burton – The Melancholy Death of Oyster Boy & other stories, Faber and Faber 1997

Photos © David Herrero

Casino-théâtre Barrière, 29 juin 2013

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